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FAUT-IL UN NOUVEAU MODELE D’ORGANISATION SOCIETALE POUR LE MONDE ? (première partie)

Le monde traverse actuellement une crise sans précédent. Il est vrai que ces dernières décennies, notre planète n’a pas été épargnée par une série de crises de toutes sortes cependant limitées géographiquement ou sectoriellement avec des impacts maitrisés. Voilà que fin décembre 2019 surgit une crise sanitaire, une pandémie universelle avec l’apparition de la maladie à coronavirus qui est entrain de provoquer une faillite systémique globale, économique, financière et sociale dans un contexte de mondialisation jamais expérimenté par l’univers. Le monde et ses moyens de production sont confinés. C’est une première dans l’histoire de l’humanité.

La crise a une ampleur telle que le notre planète craint le pire, commence à s’interroger sur notre vulnérabilité en tant qu’être humain et lance de larges exercices d’introspection dont l’objet est de s’assurer de ce qui n’a pas marché malgré l’existence de nombreux modèles de société proposés par des écoles de pensée notamment occidentales. Les réflexions vont jusqu’à admettre l’urgente nécessité de repenser le modèle de vie sociétal, à la lumière de nouvelles grilles de lecture à trouver. Le monde étant conscient que les modèles proposés par d’éminents penseurs comme Adam Smith,  David Ricardo, Keynes, ou Karl Marx etc..,  et qui ont pour nom libéralisme, socialisme, communisme, social démocratie pour ne citer que ceux-là ne sont pas des solutions durables vu l’extrême précarité qui continue de caractériser la condition humaine dans un contexte paradoxal de progrès  économique virtuel sans fondement solide. Il est bien établi que les inégalités de revenus se creusent : les 10 % de personnes les plus riches perçoivent près de 40 % du total des revenus mondiaux, tandis que les 10 % les plus pauvres ne gagnent qu’entre 2 à 7 % du total des revenus mondiaux selon le PNUD.

Depuis 2014, je me suis évertué dans mes contributions dans les médias internationaux, à attirer sans succès l’attention du monde sur au moins 3 problématiques sur lesquelles le coronavirus nous interpelle aujourd’hui. Il s’agit de la nécessité de repenser la notion de développement économique et social avec un nouveau concept de Développement Recentré sur l’Humain. (DRH), du retour à l’Etat providence comme clef du succès des politiques d’emplois en Afrique et de la nécessité d’abandonner les solutions occidentales et de repenser le développement autrement ». Monsieur Jacques Attali, ancien conseiller spécial du président François Mitterrand, en estimant en avril 2020, dans le Quotidien Ouest France «qu’il faut aller vers une société altruiste » ne fait que nous conforter dans notre pensée.

Une réflexion métaphysique d’introspection s’avère désormais nécessaire afin de déceler lesquels de nos actions et comportements ne cadrent pas avec les lois universelles fondamentales et introduire une nouvelle notion de RESPONSABILITE SOCIETALE MONDIALE (RSM)

Dans le cadre du contexte actuel de déconfinement, la présente réflexion vise à proposer un nouveau modèle de société à l’humanité en s’appuyant sur les insuffisances notées dans les modèles en vigueur et en redéfinissant la place de l’homme comme élément moteur dans l’univers, en cernant ses responsabilités dans la préservation des équilibres qui fondent notre cosmos. La note est conceptuelle et propose des orientations qui pourront être développées par la suite.

D’une manière générale, les fondements qui ont toujours inspiré les écoles de pensée actuellement dominantes dans l’humanité ont le plus souvent mis en avant cinq moteurs dans l’animation du progrès économique et social à savoir : le Travail, la Consommation, l’Investissement, l’Epargne et l’Endettement. Ces modèles ont été fondamentalement matérialistes avec peu de place laissée à l’éthique et à la solidarité désintéressée. Ils ont été souvent formés sur du virtuel (marché à terme, bourses volatiles déconnectées de la sphère réelle de l’économie, ) et  sur l’expropriation (exploitation coloniale, systèmes post coloniaux de maintien de prébendes économiques perceptibles à travers une organisation imparfaite des marchés internationaux des matières premières, l’existence de nombreux paradis fiscaux et des conquêtes militaires injustes (exemples Cuba, Irak, Lybie) , validées par des organes de gouvernance mondiaux illégitimes parce que reflétant peu les rapports de force internationaux ).

Le modèle que nous proposons s’articule autour d’une vision pyramidale avec les cinq paliers clefs ci-après :

1er sommet : l’Ethique

C’est le rapport entre l’homme et son cosmos ; l’être humain devrait enfin s’interroger sur sa condition et ramener l’ontologie et l’eschatologie au centre de ses réflexions. Son rapport à son Créateur, le sens de sa mission sur terre et l’harmonie indispensable qu’il a la responsabilité de préserver dans le cosmos doivent fondamentalement être sa boussole d’action. Il doit respecter et faire respecter les lois qui gouvernent l’univers.

2ème sommet : la refondation de l’homme

Les élites qui impulsent le développement du monde sont bien armées du point de vue du savoir et du savoir-faire au regard des nombreux progrès réalisés en matière de science et de technique ; cependant elles n’arrivent pas à arrimer l’humanité dans le développement durable. La motivation principale est que les modules de formation ont jusqu’ici mis fondamentalement l’accent sur la raison au détriment du cœur et de l’âme. Le monde doit absolument faire face à une exigence de refondation de l’homme afin de lui inculquer des valeurs utiles à la construction d’une société humaine juste, droite, entreprenante basée sur les valeurs religieuses, civiques et morales. Les systèmes éducatifs doivent être revus dans cette perspective. Nous proposons dans notre modèle, un système d’éducation qui va au-delà des seuls modules scientifiques et techniques en intégrant l’apprentissage des textes religieux, l’initiation à la pratique religieuse, la formation du cœur, l’éducation morale en s’inspirant des meilleurs penseurs mondiaux, l’initiation pratique au métier dès le bas âge. En résumé, il s’agit de faire croître le savoir le, savoir-faire et le savoir être. Le modèle d’homme qui sortira de ce projet éducatif pourra facilement animer les activités économiques qui suivent.

3ème sommet : Le travail

Nous proposons comme viatique pour l’humanité la devise ci-après : « Travaille comme si tu ne devais jamais mourir, et prie comme si tu devais mourir demain “. L’homme qui craint son Créateur ne compte pas sur un système de contrôle pour bien faire son travail.  Sa conscience lui dicte son comportement. Notre modèle de travail s’articule autour de l’économie réelle en dehors de toute velléité de spéculation. Il consiste à mettre l’accent sur les efforts prioritaires qui visent à satisfaire les besoins fondamentaux des humains. Cela revient à investir principalement dans l’agro-alimentaire, la santé et le commerce. Ces activités étant appréhendées au sens large en intégrant leurs chaines de valeur y compris la Recherche Développement. Le contexte actuel difficile que traverse le monde est une occasion unique de lancer le concept d’autosuffisance alimentaire nationale dans des spéculations que peut produire le pays. Le commerce international étant une source de valeur ajoutée le modèle préconise une spécialisation par pays en fonction des savoir-faire et des contraintes naturelles.

4ème sommet : Un nouveau triptyque consommation investissement et solidarité

Ce nouveau triptyque défend une consommation nécessaire et sans gaspillage conforme à l’éthique. Il préconise aussi de séquencer les investissements en fonction des trois priorités sectorielles définies ci haut. Des investissements sur la base de procédures mieux disant déterminés à partir de prix de référence actualisés afin d’éviter toutes velléités de corruption.

Ce nouveau cycle insiste sur la solidarité désintéressée qui est un multiplicateur universel de richesse. Ce troisième pilier relatif à la solidarité atténue la politique d’épargne spéculative et de thésaurisation préconisée dans la pensée économique occidentale. Il s’agit dans notre modèle de promouvoir un modèle altruiste conforme aux textes sacrés. Un livre religieux universel le coran ne dit-il pas dans la sourate 2 verset 61 « Ceux qui dépensent leurs biens dans le sentier de Dieu ressemblent à un grain d’où naissent sept épis, à cent grains l’épi. Car Dieu multiplie la récompense à qui Il veut et la grâce de Dieu est immense, et Il est Omniscient. ». Bien entendu le modèle intègre une épargne de précaution pour financer l’investissement.

5ème sommet : le financement

Il s’agira de calibrer les besoins de financement en fonction des capacités intrinsèques d’autofinancement existantes. Dans le modèle, l’endettement est permis pour les projets relevant du domaine privé ; Les projets communautaires font l’objet d’autofinancement avec un système de financement participatif (cotisation minimum, contributions volontaires).

Nous reviendrons dans notre prochaine tribune sur une présentation du modèle pratique d’organisation qui semble le plus incarner de cette théorie de nouveau modèle.

Magaye GAYE

Economiste

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