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Pétrole et gaz sénégalais : La grande désillusion

À la lecture du projet de budget 2023, année où devrait sortir le premier baril de pétrole (bloc de Sangomar) ainsi que le premier mètre cube de gaz (Saint-Louis offshore), il n’est constaté aucun changement de paradigme économique découlant de ces nouvelles ressources. On peut, sans risque de se tromper, en dire autant pour 2024 et 2025.

Les prévisions de recettes cumulées des exploitations de gaz, sur Grand Tortue Ahmeyim (Saint-Louis offshore), et de pétrole sur Sangomar, s’élèvent à 51.6 milliards de FCFA en 2023, 196.8 milliards de FCFA en 2024 et 322.5 milliards de FCFA en 2025. Malgré un contexte économique très favorable, avec un taux de change du dollar US ($) estimé à 600 FCFA et un cours du baril du baril projeté à 90 $, le cumul des recettes attendues du pétrole et du gaz est bien en deçà des immenses espoirs nés des annonces retentissantes de découvertes. Pour décevantes que soient ces projections, elles constituent sans doute un maximum, et sont susceptibles de baisser par une simple et probable fluctuation du dollars et/ou du prix du baril. Pour situer l’impact de l’exploitation des hydrocarbures sur nos finances publiques, il serait utile, à titre d’exemple, de noter que les recettes cumulées des trois premières années de production s’élèvent à un petit tiers (1/3) du service de la dette de la seule année 2023 qui s’élève à 1,694 milliard de FCFA.

Deux facteurs justifient ces revenus dérisoires : la précipitation dans l’exécution des projets et surtout de mauvaises négociations entachées de forts soupçons de corruption.

En effet, le gisement de gaz naturel de Grand Tortue/Ahmeyim (GTA) est un projet gazier à la frontière maritime entre la Mauritanie et le Sénégal. La partie sénégalaise est régie par un Contrat de Recherche et de Partage de Production (CRPP) dont l’attributaire initial en 2012 n’est autre que celui qui a fait face à la Justice 14 fois pour délits divers dont celle de détention d’une quantité importante de drogue : Frank Timis.

Le CRPP octroyé à Frank Timis poussait Tullow-Oil (une entreprise concurrente), à se plaindre auprès du Ministre de l’Énergie du Sénégal fraîchement nommé en 2012. De la dénonciation de cette dernière, on peut aisément établir le faux, par le simple fait que Tullow-Oil a fait référence à des négociations jusqu’en mars 2012 pour le CRPP.  Le contrat, faussement daté du 17 janvier 2012, ne pouvait exister avant le mois de mars. La liste des irrégularités et incohérences entachant ce contrat ne peut tenir dans le cadre d’un article, dont la moindre est que Petrotim, société attributaire, a été créée le 19 janvier, après la date de signature.

Inutile donc de revenir sur les prises de positions ridicules de plusieurs autorités de la République à la fuite du rapport 94/2012 de l’Inspection Générale d’Etat (IGE) qui établissait clairement une violation de la loi 98-05 du 8 janvier 1998 portant Code pétrolier en son article 8 qui stipule : « Nul ne peut être titulaire d’un titre minier d’hydrocarbures ou d’un contrat de services s’il ne justifie pas des capacités techniques et financières nécessaires pour mener à bien les opérations pétrolières. »

L’évidence des limites techniques et financières de Petrotim, poussa le Ministre de l’époque, Thierno Alassane Sall, par sa propre due-diligence et en toute méconnaissance de l’existence du rapport susmentionné, à parvenir aux mêmes conclusions que les enquêteurs de l’IGE. Il recommandera en vain, le retrait des permis incriminés par courrier en date du 22 novembre 2016.

Les complaintes sur les revenus dérisoires émises par Thierno Alassane Sall, ont poussé des « experts » pétroliers à profiter de l’occasion pour se signaler à Macky Sall. Ils déplacent le débat vers d’autres registres pour mieux mystifier le peuple sénégalais déjà grugé. Ils parlent de « contexte » pour s’accrocher à des considérations techniques banales. Ils devraient dire au peuple, que Timis (à lui seul) a déjà empoché près de 200 milliards de FCFA (en 2017, avant la production) et bénéficiera d’une rente viagère (royalties) sur la production gazière pour toute la durée d’exploitation et cela ne peut se passer dans aucun pays sérieux.

Il convient de rappeler que ce même Franck Timis a été sommé par la High Court of Justice d’Angleterre (Claim No. QB 2020-001869) de payer à la BBC et à Philip Caldwell respectivement 100.000 GBP et 40.000 GBP (Livres Sterling). Ces sommes représentent les frais que ces derniers ont engagés dans les procédures, à la suite de la plainte de Timis pour diffamation après le documentaire de la BBC sur la spoliation des ressources du Sénégal (Scandale à $10milliards). Sachant que sa plainte ne pouvait en aucune façon prospérer, mais aboutirait au contraire à établir la spoliation dont le Sénégal a été victime, Franck Timis s’est rétracté pour convenir de l’arrangement à l’amiable aux conditions susmentionnées. Aveu ne peut être plus clair.

Un contrat bâti sur de fortes présomptions de corruption est un mauvais contrat qui est forcément mal négocié, c’est indéniable. Les techniciens et ingénieurs épris de patriotisme doivent se battre pour dénoncer la spoliation des ressources du peuple sénégalais s’ils sont vraiment sincères et non pas pour avoir l’approbation du Président de la République.

Macky Sall voulait son premier baril avant les Présidentielles de 2024, quitte à se passer d’une certification préalable des réserves, de la définition de la clé de répartition assez exacte entre le Sénégal et la Mauritanie ainsi que de l’évaluation par des experts indépendants du schéma de production présenté par la compagnie, qui pourtant affecteront significativement la rente durant les premières années de production.

Nos « experts » évoquent souvent le « contexte » pour justifier la faible marge de manœuvre du Sénégal dans les négociations. Devrait-on pour autant signer des clauses qui réservent une portion congrue des revenus escomptés en cas de découvertes, comme c’est le cas présentement ? Devrait-on se résoudre à ce que les ressources naturelles, soit-disant propriété du Peuple ne servent presque à rien au Sénégal : c’est la triste histoire de nos ressources en phosphates, Or, Zircon et maintenant hydrocarbures.

Pour rappel, le CRPP sur Sangomar fut signé le 15 juillet 2004, par Serigne Mboup (DG de Petrosen), Madické Niang (Ministre de l’Énergie et des Mines) et approuvé par Me Abdoulaye Wade (Président de la République).

Du reste, c’est dans contexte très favorable (découvertes substantielles de pétrole et de gaz) qu’est intervenue la grande braderie des blocs les plus prometteurs de l’époque. En effet, le ministre de l’Énergie Mahammed B. Dionne et le Président Macky Sall ont octroyé le 02 mai 2017, Rufisque Offshore Profond (ROP) et l’UltraDeep Offshore (UDO) (10,357 km2) à TOTAL avec des répartitions largement moins favorables au Sénégal que les contrats signés avant même les découvertes pétrolières (y compris celui de Timis). Le débat ne doit pas être déplacé car aucun pays normal, avec des dirigeants et des experts patriotes, n’accepterait les conditions d’exploitation du pétrole et du gaz, quel qu’en soit le « contexte ».

À la place du « contexte », l’élément de langage central des « experts » de Macky en 2017, était la « diversification ». Le « contexte » étant une bouée très faible pour justifier le manque à gagner de plus de 20% de la rente pétrolière (dans la frange > 100,000 barils/jour), en choisissant Total classée avant-dernière, au détriment de l’offre de BP-Kosmos classée première par Petrosen. Le premier ministre nous servait l’argument de la diversification : « On ne peut pas mettre nos œufs dans un même panier, On ne saurait confier tous les blocs aux mêmes entités ». Là aussi, nos experts ont dû oublier de nous informer que Timis détenait Rufisque Offshore profond à travers African Petrolum avant que Thierno Alassane Sall ne le lui retire. En résumé, Frank Timis détenait alors (en même temps) les blocs de Cayar Offshore Profond, St-louis Offshore Profond et Rufisque Offshore profond. La non-diversification semble ne déranger que quand il faut justifier le CRPP indûment attribué au moins offrant.

Par leurs forfaitures, ceux qui sont mêlés à tout cela porteront la responsabilité du sacrifice de plusieurs générations de Sénégalais en les privant d’infrastructures qui pourraient être érigées pour soulager les populations : écoles, routes, hôpitaux, ponts, forages, universités, industries, édifices publics etc.

Dr. Madior Ly

Cercle des Cadres de la République des Valeurs/Réewum Ngor

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