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Ambition de croissance hypothéquée

Le niveau de propagation du Covid-19 inquiète et plonge les Etats dans une posture défensive. Cette crise sanitaire a fini de contraindre les gouvernements et les institutions financières internationales et celles onusiennes spécialisées de réviser leurs projections économiques dans le monde, et particulièrement en Afrique. La Commission économique pour l’Afrique (Cea) indiquait, le 12 mars passé, que l’Afrique peut perdre la moitié de son Pib avec sa croissance passant de 3,2% à environ 2%. De même, la Banque africaine de développement prévenait que le Covid-19 entraînerait une baisse du Pib du continent, allant de 22,1 milliards de dollars dans le scénario de référence, à 88,3 milliards de dollars dans le scénario catastrophe, soit une contraction des prévisions du Pib pour 2020 de 0,7 à 2,8% en 2020. « Si la situation actuelle persiste, l’Afrique pourrait même tomber en récession cette année », alerte la Bad, plus pessimiste.

Toutes ces prévisions auxquelles devra s’attendre le continent traduisent la gravité de ce virus, sa capacité à démanteler les fondamentaux d’une économie et à pousser à réviser les projections. Evidemment, l’économie sénégalaise n’est guère épargnée par cette crise qui a, déjà, mis à genou beaucoup de secteurs d’activité. Le tourisme est à l’arrêt, le transport aérien freiné, le commerce et les entreprises au ralenti. Bref, c’est presque tous les pans de la machine économique qui sont malmenés. Même s’il n’existe pas encore une évaluation circonstanciée des impacts de cette crise sur l’économie nationale en termes de pertes d’emplois, de recettes douanières et fiscales, de chiffres d’affaires des entreprises, les premières informations rendues publiques par la plus haute autorité du pays sur certains agrégats macroéconomiques n’augurent rien de bon. « La croissance économique du Sénégal est brutalement freinée et passera de 6,8% à moins de 3% », déclarait le chef de l’Etat, Macky Sall, lors de son adresse à la Nation, le 3 avril.

Cette déclaration qui est tombée comme un couperet vient déjouer tous les pronostics des prévisionnistes. L’espoir de voir le taux de croissance du Sénégal grimper s’émousse et les ambitions revues à la baisse. Sur la période 2009-2013, la croissance économique moyenne était de 3%. Elle s’est établie à 6,6% sur la période 2014-2018. Le projet de loi des finances 2020 a été bâti sur une prévision de croissance d’environ 6,8% et un déficit budgétaire maintenu à 3,0%, conformément aux objectifs de convergence de l’Uemoa.

En raison des impacts du Covid-19, notre pays devra renouer avec les plus bas taux qu’il n’avait pas enregistrés depuis 2012. Ceci, du fait du ralentissement des activités dans la quasi-totalité des trois principaux secteurs que sont le primaire (pêche, agriculture, élevage…), le secondaire (industrie) et le tertiaire (tourisme, commerce, transport…). Toutes les branches qui devaient porter la dynamique de croissance sont, aujourd’hui, durement affectées par la crise sanitaire plongeant leurs acteurs dans des lendemains incertains. Le Covid-19 survient, également, dans un contexte tout fait particulier d’autant qu’il coïncide avec la deuxième année de mise en œuvre du Plan d’actions prioritaire (Pap). Un sacré coup porté au Plan Sénégal émergent (Pse) ?

Face à un secteur privé désarmé, des travailleurs désemparés et des syndicalistes désorientés, une lueur d’espoir semble venir de l’Etat avec son programme de résilience économique et sociale annoncée récemment par le chef de l’Etat. Il s’agit d’une batterie de mesures visant à appuyer les entreprises et à soulager les couches les plus vulnérables de la population. Certes, ce sont des mesures salutaires au regard des fonds importants à mobiliser, mais elles sont, toutefois, conjoncturelles. Autrement dit, ce sont des décisions prises pour répondre à des préoccupations ponctuelles. En attendant d’emprunter la phase post-Covid-19, le souhait de tout un peuple, nous devons commencer à plancher sur des décisions structurelles qui permettront à notre économie de repartir sur de nouvelles bases plus solides. A quelque chose malheur est bon. Il est utile de tirer des enseignements de cette crise sanitaire qui a mis à nue la forte dépendance de nos économies du marché international. La diversification de l’activité économique à travers la consolidation du tissu industriel et le renforcement de la transformation de produits de base contribuera, sans nul doute, à aller vers plus d’autonomie et à faire face aux chocs exogènes.

Abdou DIAW

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